Fiorello: Je vous raconte ma Valtur

Question: Salut Rosario, tu as commencé à travailler à Valtur dans le village de Brucoli au début des années 8O…

Fiorello: Plus précisément en 78, pas en escaladant les murs mais en faisant un trou dans le grillage pour entrer et chercher des filles lorsque le village touristique était un lieu de transgression. Ceux qui allaient en vacances à Valtur c’étaient les transgressifs, les femmes faisaient du topless, les hommes se baignaient en caleçon, c’était quelque chose de fou en ce temps-là. Etre là-dedans c’était entrer dans un monde doré, loin de la réalité.

Q: Puis tu as commencé à travailler en cuisine et puis au bar, on dit que lorsque toi et un autre chef animateur surnommé Maradona travailliez au bar du Brucoli il était impossible de faire le spectacle au théâtre…


Fiorello: Non. Car au bar c’est nous qui faisions le spectacle.


Q: Donc le chef du village Enzo Liveri t’a convaincu de passer à l’animation…


Fiorello: Oui, Enzo m’a convaincu de passer à l’animation, renonçant à un million deux cents mille lires par mois que je gagnais en tant que serveur  pour 220.000 par mois comme animateur. Mais la passion était trop forte….


Q: On raconte beaucoup d’anecdotes à ton sujet, comme lorsqu’en 86 quand tu as vidé le village pour aller prendre une glace à Ostuni avec tous les clients…


Fiorello: En fait à Brucoli j’organisais les excursions, je traînais les clients en dehors du village et je les emmenais chez moi, chez ma mère. Elle ouvrait la porte et trouvait 50 clients, elle devenait folle mais cela l’amusait beaucoup, ou lorsque j’étais à Santo Stefano j’emmenais les clients en excursion et au milieu de la place à l’Ile de la Madelaine je commençais à donner des leçons d’aérobic.

Q: Quels sont les plus beaux souvenirs que tu gardes de tes années Villages?


Fiorello: En fait j’en ai tellement des 13-14 années au Valtur qu’il est difficile de dire un souvenir, je me souviens seulement des amis que j’ai laissés, les amis qui sont partis et qui n’y sont plus, je me souviens d’un technicien, Piero Franceschini, qui a travaillé avec moi, qui est parti… il y a tant de souvenirs, tellement, il m’est difficile de me souvenir d’une anecdote, la vie que j’ai eue à Valtur était si intense que j’ai beaucoup d’anecdotes, mais je ne saurai t’en dire une.


Q: Que conseilles-tu aux jeunes qui voudraient entreprendre une carrière ou faire seulement une expérience à Valtur?


Fiorello: On ne peut pas faire ce travail en pensant seulement y faire carrière pour après réussir comme je l’ai fait. Tout ça est faux, celui qui veut faire ce métier doit le faire par passion, car il doit penser vouloir le faire toute sa vie. Moi je pensais le faire toute ma vie, je n’avais pas de plan style « maintenant je fais ceci pour arriver là ». Je faisais cela car à la fin du spectacle les applaudissements me payaient déjà; je ne devais attendre aucune audience, mais à la fin du spectacle il y avait un grand applaudissement, et il y avait l’estime des clients qui à la fin de la semaine me disaient « Tu nous as fait passer une belle semaine ». Je profite de l’occasion pour dire surtout à ceux qui travaillent à Valtur et font l’animation de revenir un peu à ce que nous étions avant, c’est-à-dire de privilégier le contact avec les clients par le biais du spectacle. Avant, le spectacle du soir n’était pas la chose la plus importante. Pour nous le plus important  c’était l’agitation de la journée, du matin jusqu’à 3 h du matin. C’était normal que le spectacle ait des défauts vu que l’on n’était pas des professionnels, c’est pourquoi on ne peut juger un ballet au Valtur fait par des véliplanchistes, des tennismen, et donc il faut davantage s’intéresser à l’animation de la journée.


Q: Souvent on parle des spectacles et de l’animation dans les villages de vacances comme quelque chose de frivole, facile à réaliser. Qu’en penses-tu?


Fiorello: Cela arrive souvent, lorsqu’on voit un  spectacle moyen, de se dire que c’est un spectacle de village de vacances. Chaque fois que j’entends cela je ressens un malaise, je dis que ce n’est pas juste, et c’est pour ça qu’il ne faut pas focaliser sur le spectacle du soir ; il faut le faire mais avec la complicité qui naît entre l’animateur et le client. Lorsque tu vois ton meilleur ami qui fait une représentation, même s’il fait ch… ops pardon… tu ris, tu lui pardonnes toutes ses erreurs, par contre si tu concentres tout sur le spectacle du soir, à ce moment-là du deviens criticable, tu deviens un professionnel. La Valtur ne relève pas du professionalisme mais du cœur, c’est l’ enthousiasme, la complicité, et tout selon moi doit être basé sur cela. Il faut faire le beau spectacle du mieux que l’on peut, mais c’est important d’y arriver en ayant l’assurance que tu vas être applaudi parce que ce sont tous des amis… Selon moi c’est la base de l’animation.


Q: Selon toi quelle est la magie de Valtur?


Fiorello: La magie de Valtur est inexplicable, et puis il faut voir cela de deux points de vue,  de celui qui est à l’intérieur et de celui des clients. La magie Valtur est de rester durant six mois tous ensemble dans une Equipe.  Le succès d’un village est décrété par l’union qui existe au sein d’une Equipe et qui dépend du Chef du Village qui sait trouver la façon de maintenir unie une équipe de nombreux jeunes. Puis il y a l’amitié, de se retrouver après la saison c’est magique. Une fois au cours d’une saison à El Kebir, à la fin de chaque semaine nous disions « Si vous avez été contents avec nous, nous nous retrouvons le 10 octobre à Rome, Place du Peuple à 9 h pour toutes les semaines. Le 1O octobre nous nous sommes retrouvés toute l’équipe et de très nombreux clients, tellement nombreux que nous avons bloqué la Place du Peuple et cela s’est terminé sur le journal. Quelque chose d’organisé, semaine après semaine. C’est ça la magie de la Valtur, avec des clients devenus fous.

Si tu parles avec quelqu’un qui a fait El Kebir en 85, ici je n’ai rencontré personne qui se souvienne de cette saison, il te dira que cela a été quelque chose de merveilleux, faisons un appel par le biais d’Internet, s’il y a des clients d’El Kebir 85 qui ont participé à cette mémorable soirée, écrivez-nous et faites-nous le savoir. Je me souviens que j’étais le chef-animateur, Carlo Bellomo –actuel directeur Operativo Valtur- comme chef du sport et Umberto Mauro comme Chef Village, une très grande saison.


Q: Une dernière et simple question : nostalgie des Villages ?


Fiorello: Toujours et à chaque instant. De nombreuses fois lorsque je me trouve devant une caméra et que je fais des essais à la télévision, très aseptisés, j’essaie toujours d’instaurer un climat de Village; c’est inévitable, c’est en moi, même lorsque je suis en vacances c’est plus fort que moi. Je tourne, je parle avec les gens, je vais les voir à table. Même mes studios télévisés sont toujours en forme d’amphithéâtre Valtur.  Valtur c’est mon université.

La rédaction du site remercie Fiorello pour son incroyable disponibilité et sa gentillesse. Imaginez qu’il a consenti cette interview juste après avoir perdu un tournoi de foot.
Merci Fiorello